Décarboner le Québec exige un planificateur, pas un règlement à la fois
- Cédric Lascombe
- il y a 13 minutes
- 2 min de lecture
Ce texte a d'abord été publié dans la section Idées du Devoir, le 22 juillet 2026. Lire l'article sur ledevoir.com

La révision du règlement sur le gaz renouvelable est une décision sage. Elle rappelle surtout qu'il manque au Québec une institution : un planificateur énergétique indépendant et permanent.
Le gouvernement vient d'annoncer qu'il révisera son projet de règlement sur le gaz de source renouvelable, moins de trois mois après l'avoir publié. Devant les inquiétudes sur les coûts, il a choisi de suspendre, de demander un avis à la Régie de l'énergie et de mettre sur pied un comité d'experts. C'est une décision raisonnable : mieux vaut corriger que foncer. Mais cet épisode, au fond, ne parle pas du gaz renouvelable. Il parle d'une pièce qui manque à notre architecture énergétique.
Car la question posée par ce règlement ne peut pas se trancher isolément. Faut-il verdir le gaz, électrifier les procédés, miser d'abord sur l'efficacité ? À quel coût pour les ménages et les entreprises, à quel rythme, dans quel ordre ? Ces arbitrages sont indissociables : on ne décarbone pas un réseau gazier sans tenir compte, en même temps, du réseau électrique, de la facture, de la sécurité d'approvisionnement et des cibles climatiques. Comme le rappelle la chercheuse Johanne Whitmore, on ne peut pas faire la transition en gardant tout le reste inchangé.
C'est précisément là qu'apparaît le vide. Pour trancher, le gouvernement se tourne vers la Régie de l'énergie et vers un comité temporaire. Or la Régie est un régulateur économique : elle fixe des tarifs et apprécie la prudence d'investissements, dossier par dossier. Ce n'est pas — et ce n'a jamais été conçu pour être — un planificateur intégré des ressources. Quant au comité d'experts, il est, par nature, éphémère. À chaque difficulté, on improvise ainsi l'institution qu'on n'a pas : un avis ici, un comité là, un règlement qu'on ajuste après coup.
Le gouvernement a pourtant une vision. Le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques fixe des caps ambitieux, dont une contribution accrue des bioénergies. Mais une vision n'est pas une planification. Un cap indique la direction ; il ne dit pas comment arbitrer, année après année, entre des moyens concurrents, ni qui en répond. Le plan délègue cette intégration aux plans des distributeurs et des transporteurs. Personne, au centre, n'a le mandat permanent de composer le tout.
Il faut s'y prendre autrement. Ce dont le Québec a besoin, ce n'est pas d'un énième règlement corrigé dans l'urgence, mais d'un planificateur énergétique indépendant et permanent — une institution dont le seul métier serait de mettre en balance le gaz, l'électricité et l'efficacité, d'arbitrer entre le coût et le climat, et de séquencer la transition de façon cohérente et transparente. Une institution qui donnerait enfin aux producteurs, aux distributeurs, aux municipalités et aux consommateurs le cadre prévisible que tous réclament — car l'incertitude actuelle retarde les investissements autant qu'elle inquiète les payeurs.
Chaque règlement qu'on doit rouvrir, chaque comité qu'on doit convoquer, est le rappel discret d'une même absence. Le Québec a la ressource, la vision et l'expertise. Il lui manque le chef d'orchestre. Le jour où il s'en dotera, il cessera de décarboner un règlement à la fois — et commencera à planifier vraiment.




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