Avis sur le gaz de source renouvelable demandé à la Régie de l'énergie

Éliminons plus de tonnes de CO₂ par dollar...
Le Québec paie très cher un gaz renouvelable qu'il n'utilise pas, importé, pendant que le sien s'exporte. Voici pourquoi, et ce qu'on peut y faire.
Ce que personne n'achète, tout le monde le paie
L'obligation impose d'injecter des volumes (en %) de GSR dans le réseau de distribution. Elle ne dit rien de leur qualité, ni de leur coût.
Résultat : près de neuf mètres cubes sur dix ne trouvent pas preneur. Or, ce que personne n'achète volontairement, tous les clients du gaz le financent. Un montant de 285 millions de dollars à "solidariser" entre tous les consommateurs de gaz cette année. Et un coût cumulé évalué entre 1,25 et 1,43 milliard d'ici 2031-2032. C'est un véritable mur tarifaire que nous nous apprêtons à percuter.
Le Québec exporte le bon, achète le moins bon
Environ 90 % du gaz de source renouvelable produit au Québec part aux États-Unis. Pas par hasard : les marchés américains paient à la performance carbone. Plus une molécule est peu carbonée, plus elle rapporte. Nos meilleurs projets (agricoles, biométhanisation) y trouvent donc leur prix.
Pendant ce temps, la majorité des contrats d'approvisionnement de nos distributeurs sont conclus hors Québec.
Et voici le cœur du problème : l'obligation québécoise s'exprime en dollars par gigajoule. L'acheteur est donc indifférent entre une molécule à intensité négative et une molécule à 40 grammes d'équivalent CO₂ par mégajoule. Il prend la moins chère au volume, pas la plus performante à la tonne.
Ce sont précisément les molécules qui se valorisent mal aux États-Unis. Celles que leurs propres marchés rémunèrent le moins, nous les achetons au prix fort.
Les valeurs de l'intensité carbone sont très variables, elles s'étendent de −300 à +40 grammes de CO₂ par mégajoule, et le distributeur retient des moyennes génériques. Nul ne sait donc ce que chaque dollar dépensé évite réellement.
Un coût du carbone invisible
Tout cela produit un prix implicite de la tonne évitée, qui n'apparaît sur aucune facture ni dans aucun budget.
Il est environ huit fois plus élevé que le prix du marché du carbone auquel le Québec est lié.
Une charge qui ne pèse pas sur tout le monde
La règle est pourtant identique pour tous car celui qui achète volontairement sa part est exonéré. Mais tous les clients ne sont pas dans la même position. Le client captif (un ménage, un commerce) ne peut pas négocier son approvisionnement, il est connecté à un tuyau.
La règle est la même pour tous ; mais sa mise en œuvre ne l'est pas. Et le décret de préoccupation adressé à la Régie cet été relève une seconde asymétrie : certains clients sont contraints d'acheter ce gaz pour obtenir un raccordement, quand d'autres gardent le choix.
Le ministre de l'énergie demande une solution à la Régie pour sortir de cette impasse
Face à un système inéquitable et inefficient qui ne fonctionne pas, le ministre a demandé un avis à la Régie de l'énergie, qui doit le rendre fin novembre 2026. La Régie a donc demandé aux parties prenantes de penser en dehors de la boîte afin d'apporter des idées nouvelles.
Il existe des usages où ce gaz vaut son prix
Deux exemples, chiffrés :
L'hiver. Électrifier entièrement le chauffage des bâtiments exigerait 2 070 MW de capacité additionnelle. Soit, 2,7 milliards de dollars pour la seule construction — sans compter ce qu'il en coûterait chaque année pour exploiter et entretenir ces installations. Le réseau gazier évite cette dépense. Y consacrer du gaz renouvelable (plutôt que du gaz naturel) demanderait environ 162 Mm³ par année, soit la moitié du volume de GSR que la réglementation oblige déjà à acquérir cette année.
Le transport lourd. Un tracteur consomme 62 000 m³ par année. Trois mille camions absorberaient 186 Mm³, près de 60 % de ce même gisement. Un mètre cube de gaz fait le même travail qu'un litre de diesel. Or le litre de diesel coûte environ 2,55 $ à un transporteur, contre moins de 1 $ pour le mètre cube de gaz renouvelable ; et il émet 2,8 kg de CO₂, contre pratiquement rien. C'est un usage où décarboner fait économiser de l'argent. Il n'y a donc aucune raison de se priver de cette ressource précieuse, une fois affectée aux bons usages.
Ces deux usages, ensemble, dépassent le gisement de GSR actuellement disponible. Le Québec n'a donc pas un problème de volume à écouler. Il a un problème d'allocation. Toutefois, pour bien allouer, il faut pouvoir arbitrer transversalement entre toutes les filières énergétiques ; et le Québec ne dispose d'aucun arbitre.
Pourquoi cela ne se réglera pas en silo
Produire ou acheter du gaz renouvelable. Produire ou distribuer de l'électricité. Distribuer du carburant. Trois décisions, trois dossiers, trois logiques. Un même objectif climatique. Une même facture, au bout, pour le même ménage.
Aucune n'est comparée aux autres.
L'avion n'a pas de pilote
Mesurerons en tonnes évitées, pas en mètres cubes livrés. Anticiper. Orienter l'usage. Piloter le déploiement plutôt que d'imposer une cible fixe en volume (%) à une échéance fixe. Et comparons, dollar par dollar, le mètre cube qu'on propose d'acheter au mégawatt qu'on propose de construire.
Personne n'a ce mandat aujourd'hui.
Le Québec s'est doté d'un Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques. Le plan de vol existe. Ce qui manque, c'est quelqu'un aux commandes : une fonction qui mesure, anticipe, prévoit, planifie et arbitre entre les filières plutôt qu'à l'intérieur de chacune.
On peut corriger les instruments ou changer de système. Tant que l'avion n'aura pas de pilote, on ne réussira pas le voyage de la transition.




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